Fin novembre 2020, pendant le Pasha de Cartier Party Live Stream, Jackson Wang reprenait 分手總要在雨天. Une simple cover élégante pour une soirée de marque ? Pas tout à fait.

Cartier, une génération et l'idée de tracer sa propre voie

En 2020, Cartier choisit Jackson Wang pour incarner la nouvelle génération de la montre Pasha, aux côtés de Rami Malek, Troye Sivan, Willow Smith et Maisie Williams. La campagne réunit cinq personnalités venues d'univers très différents — cinéma, musique, mode — autour d'une même idée : l'individualité, la créativité et le courage de construire son propre chemin.

Quelques mois plus tard, pendant le livestream du party Pasha, Jackson ne choisit pourtant pas l'un de ses propres titres. Il reprend une chanson profondément liée à la mémoire musicale de Hong Kong : 分手總要在雨天, popularisée par Jacky Cheung.

Une chanson souvent présentée sous le mauvais titre

La performance circule régulièrement sous le titre 一路上有你. Mais ce nom correspond à la version en mandarin, parue sur l'album 吻別 de Jacky Cheung en 1993. La chanson qu'interprète Jackson est en réalité la version cantonaise, sortie un an plus tôt.

✕ 一路上有你 — version mandarin · 1993 · album 吻別 (le titre sous lequel la vidéo circule)

✓ 分手總要在雨天 — version cantonaise · mai 1992 · album 真情流露 (ce qu'il chante réellement)

Les deux morceaux partagent la même mélodie, mais pas les mêmes paroles ni le même titre. Le titre cantonais peut se traduire par « Les séparations arrivent toujours les jours de pluie ». Le détail peut sembler anodin, mais il change la façon de regarder cette performance : Jackson ne reprend pas une simple ballade chinoise, il s'attaque à un classique de la Cantopop associé à l'une des voix les plus respectées de Hong Kong.

Un classique… qui vient en réalité du Japon

Et il y a une couche supplémentaire, souvent oubliée. Ni la version cantonaise ni la version mandarin ne sont des compositions originales : les deux adaptent une chanson japonaise, 泣けない君へのラブソング de Nobuteru Maeda (前田亘輝), du groupe TUBE, composée par Keiji Katayama.

La trajectoire du morceau : 日本 (Maeda / TUBE, 1991) → 香港 (cantonais, 1992) → 國語 (mandarin, 1993) → Jackson (Cartier, 2020).

Autrement dit, la chanson voyage déjà depuis longtemps : du Japon vers Hong Kong, puis vers le mandarin. En la reprenant, un artiste hongkongais devenu mondial ajoute simplement une étape de plus à un morceau qui a toujours franchi les frontières.

Entre héritage local et carrière internationale

En 2020, Jackson est déjà un artiste global. Il a débuté en Corée du Sud, développé sa carrière solo en Chine et travaille de plus en plus en anglais pour toucher un public international. L'entendre revenir à une chanson entièrement en cantonais crée donc un lien direct avec la ville où il est né et a grandi. Mais ce lien a aussi placé la performance sous une loupe particulièrement exigeante.

Une réception partagée

Après sa diffusion, certains ont salué l'émotion et la texture reconnaissable de sa voix. D'autres auditeurs hongkongais ont été beaucoup plus sévères. Ils ont critiqué sa diction et son accent, allant jusqu'à lui reprocher un accent « ABC » sur une chanson cantonaise, voire un manque de respect envers l'interprète d'origine. La comparaison avec Jacky Cheung, monument local, rendait le regard encore plus impitoyable.

Il serait donc trop simple de présenter cette vidéo comme une performance cantonaise parfaite injustement oubliée. Elle ne l'est probablement pas. Elle est en revanche sincère, inhabituelle dans son parcours, et suffisamment marquante pour avoir suscité à la fois de l'affection, de la nostalgie et des critiques.

Pourquoi la ressortir aujourd'hui ?

Parce que cette performance raconte plusieurs Jackson à la fois. Il y a l'ambassadeur international choisi par Cartier pour incarner une génération qui refuse les parcours tout tracés. Il y a l'artiste hongkongais qui revient vers l'un des classiques de sa ville. Et il y a l'être humain confronté aux attentes très particulières que l'on place sur quelqu'un ayant construit sa vie entre plusieurs langues, plusieurs pays et plusieurs industries.

Ce n'est peut-être pas sa reprise la plus connue, ni la plus irréprochable techniquement. Et c'est précisément ce qui la rend intéressante cinq ans plus tard. Elle capture un moment où Jackson ne cherche pas seulement à impressionner : il revient vers une chanson chargée de mémoire collective, avec sa propre voix, son propre accent, et tout le débat que cela pouvait provoquer. Rien que pour ça, elle mérite mieux que de disparaître dans les tréfonds d'internet.

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